Éducation · 6 min · 20 June 2026

Sénégal : la suppression du concours d'entrée en sixième

Kossi-Kouma AKOSSOU

Kossi-Kouma AKOSSOU

Auteur vérifié

Sociologue & Enseignant, diplômé en sociologie de l'éducatio...

Sénégal : la suppression du concours d'entrée en sixième
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Annoncée à la veille du CFEE 2026, la suppression du concours d'entrée en classe de sixième marque un tournant majeur dans l'histoire de l'éducation sénégalaise. Entre soulagement et inquiétudes, la mesure ne laisse personne indifférent.

 

Une annonce surprise qui secoue le système éducatif

C'est une information qui a pris de court l'ensemble de la communauté éducative sénégalaise. Le mardi 16 juin 2026, à Dakar, lors d'un point de presse, le directeur des examens et concours, Pape Baba Diassé, a officiellement annoncé la suppression du concours d'entrée en classe de sixième. Le timing de cette déclaration a lui-même surpris : elle intervenait la veille de la composition nationale du Certificat de Fin d'Études Élémentaires (CFEE), l'examen qui clôture le cycle primaire.

Pourtant, cette réforme n'est pas née du jour au lendemain. Elle a été adoptée en Conseil des ministres le 6 mai 2026 et figure parmi les 32 mesures arrêtées lors du conseil interministériel consacré à la préparation de la rentrée scolaire 2025-2026. C'est donc une décision mûrement réfléchie au sommet de l'État, même si sa communication au grand public a semblé tardive et insuffisante aux yeux de nombreux acteurs de terrain.

 

Pourquoi supprimer ce concours ? Les raisons officielles

Pour comprendre cette réforme, il faut remonter aux fondements du système qu'elle entend corriger. Depuis des décennies, l'accès au collège au Sénégal était conditionné à la réussite à un concours national d'entrée en sixième. Un mécanisme de sélection qui, selon les autorités, était devenu profondément injuste.

Pape Baba Diassé l'a dit sans détour : le concours d'entrée en sixième n'était pas fondé exclusivement sur les compétences et les performances des élèves, mais surtout sur le nombre limité de places disponibles dans les établissements du cycle moyen. Autrement dit, chaque année, des enfants parfaitement capables de poursuivre leur scolarité se retrouvaient exclus du système, non pas parce qu'ils manquaient de niveau, mais parce que les collèges n'avaient tout simplement pas assez de place pour les accueillir.

Cette situation entrait également en contradiction directe avec la législation nationale. La loi n°2004-37 du 15 décembre 2004 impose en effet le maintien des enfants à l'école entre 6 et 16 ans. Or, l'ancien décret de 2013 régissant le concours d'entrée en sixième conduisait mécaniquement à exclure des élèves n'ayant pas encore atteint l'âge légal de sortie du système éducatif. Une incohérence juridique et morale que le gouvernement dit avoir voulu corriger.

« Nous avons corrigé cette incohérence afin de permettre une meilleure application de la loi sur l'obligation scolaire », a déclaré le directeur des examens et concours face à la presse.

 

Ce qui change concrètement : les nouveaux critères de passage

Avec la suppression du concours, le CFEE devient désormais le seul diplôme sanctionnant la fin du cycle élémentaire, avec une session normale et une session de rattrapage. Mais comment s'organise concrètement le passage en sixième ?

Face aux interrogations légitimes des familles et des enseignants, Pape Baba Diassé a apporté des précisions essentielles. Tout élève ayant obtenu à la fois le CFEE et la moyenne en classe passe naturellement en sixième. Un candidat titulaire du CFEE sans avoir obtenu la moyenne de classe passe également, tout comme celui qui obtient la moyenne sans avoir réussi le certificat. Seuls les élèves ne remplissant aucune de ces deux conditions ne passeront pas directement au collège : ils bénéficieront d'un dispositif de remédiation mis en place au sein des Inspections de l'Éducation et de la Formation (IEF), afin d'éviter toute exclusion définitive du système scolaire.

 

Des réactions partagées sur le terrain

Sur le terrain, la réforme suscite des réactions contrastées. Du côté des parents d'élèves et de nombreux enseignants, un sentiment de soulagement domine dans un premier temps : en finir avec une sélection jugée injuste et arbitraire est perçu comme un progrès réel

 

 vers une école plus équitable.

Mais rapidement, les interrogations prennent le dessus. La crainte la plus largement partagée est celle de classes surchargées, dans un pays où les infrastructures scolaires peinent déjà à absorber les effectifs actuels. Si tous les élèves de CM2 accèdent désormais au collège, comment les établissements vont-ils faire face à l'afflux massif de nouveaux élèves ? La question des moyens humains et matériels reste entière.

L'autre inquiétude majeure concerne le niveau général des élèves. Des enseignants redoutent une baisse de la qualité de l'enseignement si des classes de sixième se retrouvent à accueillir des profils très hétérogènes, sans accompagnement pédagogique renforcé.

 

      Enfin, et c'est peut-être le reproche le plus récurrent, beaucoup d'acteurs dénoncent une réforme précipitée, annoncée sans concertation préalable suffisante avec les principaux intéressés. Parents et enseignants disent manquer d'informations claires et détaillées sur les modalités précises d'application : prise en compte des moyennes, rôle du CFEE, gestion des cas particuliers…

 

Une réforme ambitieuse, des défis considérables

Au fond, la suppression du concours d'entrée en sixième porte une ambition noble et légitime : garantir à chaque enfant sénégalais le droit de poursuivre sa scolarité jusqu'à l'âge de 16 ans, sans sélection précoce ni exclusion liée aux seules capacités d'accueil des établissements. C'est un pas important vers une école plus inclusive, plus juste et plus conforme aux engagements internationaux du Sénégal en matière d'éducation pour tous.

Mais une réforme structurelle de cette ampleur ne peut se limiter à une annonce. Elle appelle des investissements massifs dans les infrastructures scolaires, le recrutement et la formation d'enseignants supplémentaires, et un accompagnement pédagogique solide pour les élèves les plus fragiles. Sans ces conditions, le risque est réel de voir une bonne intention se heurter aux dures réalités du terrain.

L'avenir de cette réforme se jouera donc dans les mois et les années qui viennent, dans les salles de classe, les cours de récréation et les budgets alloués à l'éducation nationale. Le Sénégal a posé un acte fort. Il lui reste maintenant à lui donner les moyens de réussir.

 

Source : Libre Express, article publié le 17 juin 2026, signé Isidore Yisségnon Atindéyètin — libre-express.bj

 

https://libre-express.bj/r/societe/6068/suppression-du-concours-dentree-en-sixieme-au-senegal-le-gouvernement-face-a-une-vague-de-reaction

 

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